Dictée vocale avocat : que dicter, avec quel outil, sans risquer le secret professionnel ?
Dicter un courrier ou une note d'entretien va plus vite que le taper. Mais le secret de l'avocat couvre presque tout ce qui sort du cabinet. Ce que disent le RIN et le CNB, et quel outil garder pour quel texte.
Une note après un rendez-vous client, un courrier au confrère adverse, une relance au greffe, un mail à l'expert-comptable du cabinet : la plupart de ces textes se disent plus vite qu'ils ne se tapent. D'où l'envie de dicter. Sauf que ton secret couvre presque tout ce qui touche à un dossier, et la question « où part ma voix ? » compte autant que le temps gagné. On regarde ce que disent les textes, puis on trie les outils selon ce que tu dictes.
Pages officielles relues le 02/10/2026 : RIN, article 2, guide du CNB sur la déontologie et l'IA (avril 2026), CNIL et assistance Apple. Cet article donne des repères, pas un conseil juridique : pour ton cabinet, vois avec ton Ordre, ton bâtonnier ou ton DPO.
Ce que disent le RIN et le CNB
L'article 2 du Règlement intérieur national pose le principe : l'avocat est « le confident nécessaire du client », et son secret est « d'ordre public », « général, absolu et illimité dans le temps ». Le RIN précise ensuite ce qu'il couvre, quel que soit le support, papier ou électronique. On y trouve les consultations et les correspondances, mais aussi « les notes d'entretien et plus généralement toutes les pièces du dossier ». Et même « le nom des clients et l'agenda de l'avocat ». Autrement dit, une simple phrase du type « rappeler M. Untel pour son audience de mardi » est déjà couverte.
L'article 2.3 ajoute un point qui concerne directement la dictée : l'avocat doit faire respecter le secret par son personnel « et par toute personne qui coopère avec lui dans son activité professionnelle ». Il répond des violations commises ainsi. Ta secrétaire, ton prestataire de frappe ou l'éditeur de ton logiciel entrent dans ce cercle.
En avril 2026, le Conseil national des barreaux a publié un guide sur la déontologie et l'intelligence artificielle. Sa règle de base est nette : l'avocat doit « veiller à ne jamais communiquer des données relatives à ses dossiers ou à ses clients à des intelligences artificielles génératives ». Pas de nom de client, pas d'information confiée, pas d'élément de stratégie, pas de fichier du dossier dans une requête. Le guide rappelle aussi que la plupart de ces services sont américains.
Pour choisir un outil, le guide classe ses critères par ordre de priorité. D'abord le lieu d'hébergement des données (la France, sinon l'Union européenne), ensuite la nationalité de l'entreprise, en écartant celles soumises à des lois extraterritoriales, « comme les entreprises américaines en l'état actuel de leur législation ». L'outil ne doit pas non plus réutiliser tes données pour s'entraîner, et les conditions générales ne suffisent pas à le prouver.
Côté RGPD, la CNIL rappelle qu'un transfert de données hors de l'Union reste possible à condition d'assurer un niveau de protection suffisant, avec des outils juridiques adaptés. Et tout prestataire qui traite des données pour ton compte doit être lié au cabinet par un contrat de sous-traitance.
La règle simple : un outil par type de texte
Tout ce que tu dictes n'a pas le même poids. Trie avant de choisir l'outil.
| Ce que tu dictes | Exemples | Outil à privilégier |
|---|---|---|
| Texte lié à un dossier | Note d'entretien, conclusions, consultation, courrier au client ou au confrère | L'outil prévu par le cabinet, dont tu connais l'hébergement et le contrat, ou le dictaphone et la frappe en interne |
| Texte sans nom mais reconnaissable | Cas pratique pour une formation, question à un confrère sur un dossier en cours | Même prudence : sans le nom, une affaire détaillée peut rester identifiable |
| Texte sans rien d'un dossier | Mail à l'expert-comptable du cabinet, organisation des congés, notes de formation, préparation d'un article | N'importe quel outil de dictée, celui de macOS ou une app |
Repères tirés du RIN, du guide du CNB et des pages de la CNIL relus le 02/10/2026. Ils ne remplacent pas l'avis de ton Ordre ou de ton DPO. Sur téléphone, fais glisser le tableau si besoin.
Solution 1 : l'outil prévu par le cabinet
Pour tout ce qui finit dans un dossier, commence par ce que le cabinet utilise déjà. Si ton logiciel de gestion ou ton service de secrétariat propose une dictée ou une transcription, pose ces questions à l'éditeur avant de t'en servir :
- Où part l'enregistrement de ma voix, et qui le transcrit ?
- Dans quel pays sont hébergés l'audio et le texte, et quelle est la nationalité de l'entreprise qui détient les serveurs ?
- Mes dictées servent-elles à entraîner un modèle ? Puis-je le vérifier autrement que par les conditions générales ?
- Avons-nous un contrat de sous-traitance qui couvre cette fonction ?
Ces questions reprennent les critères du guide du CNB. Si l'éditeur reste vague, garde sa dictée pour autre chose et pose la question à ton Ordre.
Solution 2 : le dictaphone et la frappe en interne
La méthode la plus ancienne reste la plus simple à contrôler. Tu dictes sur un dictaphone ou sur l'ordinateur du cabinet, le fichier reste sur le matériel du cabinet, et ton assistante tape le texte. Seule condition, posée par l'article 2.3 du RIN : ceux qui tapent sont tenus au secret, et c'est à toi de le leur faire respecter. Si tu passes par un service de frappe à distance, tu reviens aux questions de la solution 1.
Solution 3 : la dictée de macOS
Elle est déjà sur ton Mac et marche partout où tu peux taper, y compris dans ton logiciel de gestion.
- Ouvre Réglages Système, puis Clavier, et active Dictée.
- Lis la phrase sous Dictée : Apple y indique si tes dictées sont traitées sur ton Mac, sans envoi à ses serveurs. Attention, Apple précise que ça ne vaut pas pour le texte dicté dans un champ de recherche.
- Dans Confidentialité et sécurité, puis Analyse et améliorations, vérifie « Améliorer Siri et Dictée ». Activé, il autorise Apple à garder des enregistrements de tes dictées.
- Place le curseur, appuie sur la touche Micro ou sur ton raccourci, et parle. Dis « virgule », « point » ou « nouveau paragraphe » pour la mise en page.
Selon la page confidentialité d'Apple, quand la dictée n'est pas traitée sur l'appareil, ce que tu dictes part sur ses serveurs, sans y être conservé, sauf si tu as accepté « Améliorer Siri et Dictée ». Même traitée sur ton Mac, la dictée ne règle qu'une partie du sujet : le texte atterrit dans l'app où se trouve ton curseur, et c'est elle qui le garde. Côté pratique, la dictée s'arrête après 30 secondes sans parole, et les mots soulignés en bleu sont ceux dont le Mac n'est pas sûr.
Dicter un courrier proprement
- Annonce la structure à voix haute : objet, rappel des faits, demande, formule de fin. Avec « nouveau paragraphe » entre chaque partie, le texte arrive déjà découpé.
- Relis en priorité les dates, les délais, les montants et les références d'articles. Une erreur sur ces mots-là coûte plus cher qu'une virgule.
- Dicte porte fermée. Un couloir de cabinet, ce sont des oreilles en trop.
- Si tu dictes un brouillon dans un outil externe, remplace les noms par X ou Y, comme le conseille le CNB, et complète au clavier dans ton logiciel. Le guide rappelle que ça ne suffit pas toujours, surtout pour un compte rendu fait en direct.
Et VoiceMochi ?
On fait VoiceMochi, et on préfère être clairs : ce n'est pas un outil pour dicter ce qui est couvert par ton secret professionnel. VoiceMochi n'a aucune fonction juridique et n'a été validé par aucun barreau.
Voici ce qui se passe quand tu dictes avec, d'après notre politique de confidentialité et le code de l'app. Par défaut, ta voix part vers notre relais, hébergé chez Supabase, qui vérifie ta licence puis la transmet sans l'enregistrer. Elle est transcrite par Groq ou, si Groq ne répond pas, par Deep Infra, deux prestataires situés aux États-Unis. Le texte repasse ensuite par le même chemin pour être remis au propre, puis revient sur ton Mac. Les mots que tu ajoutes dans « Mots à bien écrire » partent avec chaque dictée : n'y mets pas le nom de tes clients. L'historique et l'audio restent sur ton Mac 24 heures, puis s'effacent. L'app ne marche pas hors ligne, et il faut un compte Mochi.
Sur un Mac à puce Apple, l'option « Transcription sur ton Mac » télécharge une fois un modèle d'environ 650 Mo et transcrit ta voix sur l'ordinateur. Elle ne change pas notre conseil, pour trois raisons. La remise au propre, activée par défaut, envoie quand même le texte à notre relais. Si la transcription locale échoue, l'app repasse en ligne sans te demander. Et l'option est coupée par défaut. Les notes de réunion, elles, envoient ta voix et le son de l'appel pour rédiger le compte rendu : c'est exactement le cas que le CNB déconseille avec un client.
Où VoiceMochi peut t'aider, c'est sur tout le reste : les mails à l'expert-comptable du cabinet, l'organisation des permanences, les notes d'une formation, le brouillon d'un article de blog. Tu maintiens fn, tu parles, et le texte s'écrit dans l'app ouverte, sans les « euh ». Pour les mails, on a détaillé la méthode dans dicter ses mails. VoiceMochi est en bêta ouverte, téléchargeable sur voicemochi.com, et le reste est sur l'accueil. Avant de t'en servir pour quoi que ce soit qui touche à un dossier, demande l'avis de ton Ordre ou du DPO du cabinet.
En résumé
Trie avant de dicter. Tout ce qui touche à un dossier, même un nom ou une date d'audience, passe par un outil dont le cabinet connaît l'hébergement et le contrat, ou par le dictaphone et une frappe en interne. La dictée de macOS est pratique, réglages vérifiés. Pour le reste, prends l'outil le plus rapide. Et pour toute question, ton Ordre, ton bâtonnier et ton DPO restent les bons interlocuteurs.
Questions fréquentes
Un avocat peut-il utiliser n'importe quelle app de dictée ?
Pas pour un texte couvert par le secret. Le RIN dit que le secret couvre les notes d'entretien, les pièces du dossier et même le nom des clients, et le guide du CNB d'avril 2026 demande de ne jamais transmettre les données d'un dossier ou d'un client à une IA générative. Pour un mail administratif sans rien sur un dossier, l'outil importe beaucoup moins.
Si je remplace le nom du client par X, est-ce que je peux dicter n'importe où ?
Le CNB conseille justement la pseudonymisation, en remplaçant les noms par des initiales fictives. Mais il prévient aussi que ça ne marche pas pour tout : un compte rendu dicté en direct d'un rendez-vous client transmet ce qui s'est dit. Et un dossier décrit en détail peut rester reconnaissable sans le nom.
La dictée de macOS envoie-t-elle ma voix à Apple ?
Ça dépend de ton Mac et de ta langue. Apple indique dans Réglages Système, Clavier, Dictée si la dictée est traitée sur l'appareil, sauf dans les champs de recherche. Sinon, ce que tu dictes part sur ses serveurs, sans y être conservé, sauf si tu as accepté « Améliorer Siri et Dictée ».
VoiceMochi convient-il pour dicter des conclusions ?
Non. Par défaut, ta voix passe par notre relais puis par des prestataires de transcription aux États-Unis, et le texte y repasse pour la remise au propre. VoiceMochi n'a aucune fonction juridique et n'a été validé par aucun barreau. Garde-le pour ce qui n'est pas couvert par le secret.
À qui poser mes questions sur les outils du cabinet ?
À ton Ordre ou à ton bâtonnier pour la déontologie, au DPO du cabinet s'il y en a un pour le RGPD, et à l'éditeur de chaque outil pour savoir où vont tes données. La CNIL publie aussi ses fiches sur les transferts hors de l'Union. Cet article donne des repères, pas un avis juridique.