Dictée vocale infirmière : peut-on dicter ses transmissions, et avec quoi ?
Une transmission se dit plus vite qu'elle ne se tape, surtout en fin de poste. Mais le secret s'impose à toute infirmière, et le dossier de soins doit rester protégé, sur papier comme à l'écran. Ce que dit le code de déontologie, ce qu'on peut dicter sans risque, et quel outil garder pour quel texte.
Fin de poste, dix patients, et les transmissions à écrire avant la relève. Ou le soir, les notes de tournée à reporter dans le logiciel. Tout ça se dit plus vite que ça ne se tape, d'où l'envie de dicter. Sauf qu'une transmission parle d'un patient, et la question « où part ma voix ? » compte autant que les minutes gagnées. Voici ce que disent les textes, puis quel outil pour quel texte.
Pages relues le 14/10/2026 : code de déontologie des infirmiers (PDF de l'Ordre), fiche juridique de l'Ordre sur le secret professionnel et assistance Apple. Cet article donne des repères, pas un conseil juridique : la règle de ton établissement passe avant, et ton cadre, ton DPO ou l'Ordre restent les bons interlocuteurs.
Ce que dit le code de déontologie des infirmiers
Deux articles du code de la santé publique, issus du décret du 25 novembre 2016, posent le cadre.
L'article R4312-5 d'abord : « Le secret professionnel s'impose à tout infirmier, dans les conditions établies par la loi. » Dans sa fiche juridique de novembre 2023, l'Ordre précise l'étendue du secret : il couvre ce que le patient t'a confié, mais aussi ce que tu as « vu, lu, entendu, constaté, déduit ou compris ». Et il s'applique quel que soit ton mode d'exercice, salariée ou libérale.
L'article R4312-35 vise directement l'écrit. Tu tiens pour chaque patient un dossier de soins infirmiers avec les éléments « pertinents et actualisés » de sa prise en charge, et tu le protèges contre toute indiscrétion. La dernière phrase concerne la dictée : « Lorsqu'il a recours à des procédés informatiques, il prend toutes les mesures de son ressort afin d'assurer la protection de ces données. » Une app qui envoie ta voix sur Internet est un procédé informatique.
La même fiche rappelle que le partage dans l'équipe de soins se limite aux informations strictement nécessaires à la continuité des soins, et que l'article 226-13 du Code pénal punit la révélation d'un secret d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. Laisser traîner par étourderie un document qu'un tiers lit reste une faute de négligence, qui peut engager ta responsabilité civile et disciplinaire.
Le cadre plus large (données de santé, hébergeurs certifiés HDS, rôle de la CNIL) est détaillé dans notre article sur la dictée vocale pour les médecins.
La règle simple : un outil par type de texte
Avant de choisir un outil, regarde ce que tu dictes.
| Ce que tu dictes | Exemples | Outil à privilégier |
|---|---|---|
| Texte sur un patient | Transmissions, notes de tournée, observations, courrier au médecin | L'outil validé par ton établissement, ou ton logiciel de soins si son éditeur te dit où part la voix |
| Texte sans nom mais reconnaissable | Cas pour une formation, question à une collègue d'un autre service | Même prudence : un âge, un service et une date suffisent parfois |
| Texte sans rien d'un patient | Planning, mail au cadre, compte rendu de réunion, fiche de révision | N'importe quel outil de dictée |
Repères tirés du code de déontologie des infirmiers et de la fiche de l'Ordre relus le 14/10/2026. Ils ne remplacent pas la règle de ton établissement. Sur téléphone, fais glisser le tableau si besoin.
En établissement, le dossier patient est dans le logiciel choisi par l'hôpital ou la clinique, et ce n'est pas à toi d'y brancher une app : demande à ton cadre ce qui est autorisé. En libéral, c'est toi qui choisis, donc c'est toi qui poses les questions.
Dicter une transmission proprement
Quel que soit l'outil, quelques habitudes limitent ce qui sort du service et ce qu'il faut corriger après.
- Pas d'identité dans la voix. Le nom, la date de naissance, le numéro de chambre ou de dossier se tapent ou se choisissent dans le logiciel. Tu dictes le contenu de la transmission, pas l'en-tête.
- Garde la structure de ton service. Si ton service écrit en transmissions ciblées, annonce chaque partie à voix haute dans le même ordre : la cible, puis les données, les actions et les résultats. Avec « nouvelle ligne » entre chaque partie, le texte arrive déjà découpé.
- Dicte l'essentiel. Le code demande des éléments « pertinents et actualisés ». Une transmission courte se dicte mieux qu'un récit de la journée, et laisse moins de choses à protéger.
- Relis les chiffres et les médicaments. Une dictée confond les noms propres et saute parfois une négation. Un horaire faux ou un « pas de douleur » devenu « douleur » change le sens de la transmission.
Et pense à l'endroit : une salle de soins ouverte, c'est du bruit pour le micro et des oreilles en trop. Les réglages utiles sont dans dicter dans le bruit.
Solution 1 : la dictée de macOS
Si tu écris sur un Mac, par exemple ton ordinateur de cabinet en libéral, la dictée d'Apple est déjà installée. Elle marche partout où tu peux taper, y compris dans le champ texte de ton logiciel de soins.
- Ouvre le menu Apple, Réglages Système, puis Clavier, et active Dictée. Si le Mac te propose « Améliorer Siri et Dictée », tu peux cliquer sur « Plus tard ». Le réglage se retrouve ensuite dans Confidentialité et sécurité, rubrique Analyse et améliorations.
- Lis la phrase sous Dictée. Apple y écrit si tes saisies vocales d'ordre général sont traitées sur ton Mac, sans envoi aux serveurs Siri. Ça ne vaut pas pour une zone de recherche.
- Choisis ton micro dans « Source du microphone », place le curseur, appuie sur la touche Micro ou ton raccourci, et parle.
Selon la page confidentialité d'Apple, quand la dictée n'est pas traitée sur l'appareil, ce que tu dictes est envoyé au serveur et traité là-bas, sans y être conservé, sauf si tu as accepté « Améliorer Siri et Dictée ». Pour une transmission, cette phrase sous Dictée est donc ta première vérification. Même si tout reste sur ton Mac, le texte atterrit dans l'app où se trouve ton curseur, et c'est elle qui le garde. La dictée s'arrête après 30 secondes sans parole, et le Mac souligne en bleu les mots dont il n'est pas sûr.
Solution 2 : la dictée de ton logiciel ou de ton établissement
Si ton logiciel de soins ou ton établissement propose une dictée, demande à l'éditeur ou au service informatique, avant de t'en servir pour un patient : où part ma voix, qui la transcrit, dans quel pays, et la fonction est-elle couverte par un contrat ? Si la réponse reste floue, garde cette dictée pour le planning et les mails.
Et avec VoiceMochi ?
On fait VoiceMochi, alors voici ce que le code fait vraiment. Il n'a aucune fonction de soins, aucune certification pour les données de santé, et ne te garantit rien sur le plan réglementaire. Sur un poste de l'hôpital, la question ne se pose pas : c'est l'établissement qui décide.
Le geste. Tu maintiens fn ou Option droite (deux raccourcis au plus), tu parles, tu relâches : le texte est collé au curseur par Cmd V, dans toute app où tu peux taper, jamais suivi d'Entrée. Deux appuis rapides lancent la dictée mains libres, un nouvel appui la termine. Sans champ de texte actif, la dictée va dans le Carnet de l'app et reste copiée.
Où part ta voix, par défaut. Vers notre relais, hébergé chez Supabase, qui vérifie ta licence puis la transmet sans l'enregistrer. Elle est transcrite par Groq ou, si Groq ne répond pas, par Deep Infra, deux prestataires situés aux États-Unis, d'après notre politique de confidentialité. Le texte repasse ensuite par le même chemin pour la remise au propre, activée au départ. Les mots que tu ajoutes dans le Dictionnaire partent avec chaque dictée en ligne : n'y mets aucun nom de patient. Pour une transmission, ce réglage par défaut revient à envoyer ta voix hors de l'Union européenne, chez un prestataire avec qui ni toi ni ton établissement n'avez de contrat.
L'option « Transcription sur ton Mac ». Coupée au départ, et disponible seulement sur un Mac à puce Apple (sur un Mac Intel, l'app affiche « Indisponible sur ce Mac »). Elle télécharge une fois un modèle d'environ 650 Mo. Une fois active et prête, le code n'envoie plus la voix en ligne, même si la transcription locale échoue. Tant que le modèle se télécharge, la voix part encore en ligne, et l'app l'écrit.
Ce qui part encore en ligne. La remise au propre (les « euh », la ponctuation) envoie le texte à notre relais. Si tu veux que rien ne parte, coupe « Remise au propre » en plus d'activer la transcription locale : le texte brut est alors collé tel quel, hésitations comprises. Le détail est dans dictée sur Mac hors ligne.
Ce qui reste sur ton Mac. L'historique garde chaque dictée, texte et audio, 24 heures, puis l'efface, sauf les notes du Carnet. L'app tourne sur macOS 13 ou plus récent, demande un compte Mochi et l'autorisation Accessibilité.
Là où VoiceMochi aide sans question, c'est sur le reste : le mail au cadre pour un échange de garde, le compte rendu d'une réunion de service, les courriers administratifs du cabinet. VoiceMochi est en bêta ouverte, téléchargeable sur voicemochi.com, et tout est présenté sur l'accueil.
En résumé
Trie avant de dicter. En établissement, ce qui va dans le dossier passe par l'outil que ton établissement a validé, et par rien d'autre. En libéral, ce qui touche à un patient passe par un outil dont tu connais le chemin de la voix, ou par une dictée qui reste sur ton Mac, réglages vérifiés : la phrase sous Dictée chez Apple, l'option locale plus la remise au propre coupée chez nous. Dans tous les cas, ne dicte aucune donnée qui identifie un patient dans un outil non validé, et relis les doses, les horaires et les négations avant de valider.
Questions fréquentes
Une infirmière peut-elle dicter ses transmissions avec n'importe quelle app ?
Non, pas tant qu'elle ne sait pas où part sa voix. Le code de déontologie demande de protéger le dossier de soins contre toute indiscrétion et, avec un outil informatique, de prendre « toutes les mesures de son ressort » pour protéger ces données. En établissement, c'est lui qui choisit les outils.
Si je ne dis ni le nom ni la chambre, est-ce que je peux dicter n'importe où ?
Ça réduit le risque, ça ne le supprime pas. Selon l'Ordre, le secret couvre ce que tu as vu, lu, entendu, constaté, déduit ou compris, pas seulement ce que le patient t'a dit. Dans un outil que ton établissement n'a pas validé, ne dicte rien qui permette d'identifier un patient.
La dictée de macOS envoie-t-elle ma voix à Apple ?
Ça dépend de ton Mac et de ta langue. Apple l'écrit sous Dictée, dans Réglages Système, Clavier : si la phrase dit que les saisies sont traitées sur l'appareil, elles ne partent pas vers ses serveurs, sauf dans une zone de recherche. Sinon, ce que tu dictes est envoyé au serveur, sans y être conservé, sauf si tu as accepté « Améliorer Siri et Dictée ».
VoiceMochi convient-il pour des transmissions ?
Par défaut, non. Ta voix passe par notre relais puis par des prestataires de transcription aux États-Unis, et le texte y repasse pour la remise au propre. Avec « Transcription sur ton Mac » active et prête, et la remise au propre coupée, le code n'envoie rien en ligne. VoiceMochi n'a aucune certification pour les données de santé et ne promet aucune conformité : en établissement, la règle de ton service passe avant.
À qui poser mes questions ?
En établissement, à ton cadre, au service informatique et au DPO, qui savent quels outils sont validés. En libéral, à l'éditeur de ton logiciel de soins pour savoir où vont tes données, et à l'Ordre national des infirmiers, qui publie ses fiches juridiques. Cet article donne des repères, pas un avis juridique.